Dernier rendez-vous avec la compétition ce dimanche avec le Belman au départ du lac de Robertville. Pour ce second half-ironman de la saison, je n’ai pas choisi la facilité avec un parcours vélo pour le moins vallonné, présentant plus de 1150 mètres de dénivelé positif.

De quoi terminer ma première saison de triathlon en beauté avant deux mois sans plan d’entraînement où je vais me faire plaisir. L’entraînement structuré reprendra début novembre pour 8 mois de préparation en vue de l’Ironman de Nice.

Les jours qui ont précédé cette deuxième édition du Belman ne furent guère encourageants au niveau climatique. Conclusion d’un été pourri, ils ont été rythmés par une alternance de draches et d’averses et des températures dignes d’un mois d’avril. Outre une surcharge pondérale ramenée de Croatie, les dernières semaines n’ont pas été intenses au niveau entraînement et c’est donc sans grande motivation ni velléités chronométriques que je me suis rendu à Robertville.

Arrivé sur place la veille, j’ai la bonne surprise de constater que le parc à vélo est couvert. C’est rare et les vélos seront au sec. L’organisation a l’air un peu amateur, pleine de bonne volonté mais sans grande explication sur le déroulement de la course ni sur l’utilisation des sacs de couleurs différentes remis à chaque participant. On reçoit déjà le t-shirt du finisher avant même d’être rentré dans l’eau. Soit, après avoir accroché la plaquette dossard au vélo et muni mon casque des auto-collants ad hoc, je dépose mon matériel dans le parc en suivant les injonctions des arbitres. La pluie est bien présente et a déjà transformé la prairie parking en un vaste champ de boue. Je rentre à la maison en empruntant quelques chemins qui devront être arpentés le lendemain et me dis que cela ne va pas être une partie de plaisir.

Franchement, après avoir couru Gravelines sous une pluie battante, je n’ai aucune envie de remettre cela. Au moment de quitter la maison ce dimanche matin, je ne sais pas encore si j’y vais pour courir ou simplement pour rechercher mon matériel. Au moins, les routes sont sèches et le ciel est partagé entre nuages et ciel bleu. En chemin, le soleil fait même une timide apparition au-dessus de Liège et je me dis que la pluie va finalement peut-être nous épargner.

A Robertville, il fait sec mais à peine ai-je mis le nez hors de la voiture qu’une averse passagère inonde le parking en peu de temps. Dans le parc à vélo où les concurrents se préparent, je retrouve des connaissances et, en échangeant quelques mots, je me rends compte que personne n’est vraiment confiant sur la météo. La perspective d’un parcours vélo sous la pluie n’enchante personne.

9H30, le départ est donné dans une eau à 16,8 degrés. Froid mais supportable ! C’est 4 degrés de moins qu’à Gravelines mais 2,5 de plus qu’à l’Eau d’heure. Les premiers hectomètres se passent super bien. Je suis bien calfeutré dans un peloton qui nage au même rythme que moi et j’ai l’impression de bien avancer. Le seul souci, c’est la buée qui orne mes lunettes et je devine les bouées plus que je ne les vois. Première bouée, deuxième bouée, troisième bouée, cela se passe bien au point que j’en oublie de jeter un coup d’œil à mes compagnons de route. Soudain, mes mains heurtent quelque chose. Je relève la tête et je suis … sur la berge. Blood and guts, j’ai involontairement dévié la trajectoire au point de me retrouver presque au sol. Je regarde derrière moi avant de repartir dans l’autre sens et je me rends compte que je suis presque dernier. La quatrième et dernière bouée est bien loin et les autres ne m’ont pas attendu. Je reprends mon rythme, rattrape ceux qui pratiquent la brasse et sors de l’eau bien en retard par rapport à mes prévisions. Le parc à vélos est presque vide, il reste peut-être une vingtaine de vélos sur les 200 concurrents. J’enlève ma combi, me sèche et enfile mes manchons. J’hésite à embarquer une veste de pluie mais comme le soleil fait une timide apparition, je lui laisse le bénéfice du doute et pars en tri-fonction.

Les premiers kilomètres en vélo ne sont pas simples. On grimpe par palier jusqu’au Signal de Botrange. La pluie ne nous a épargnés que 3 kilomètres. Je suis à peine sorti de Robertville qu’un rideau de hallebardes me barre la route. Je songe à abandonner, à faire demi-tour et à rentrer à la maison. Mais bon, je suis venu pour cela, j’ai choisi d’être là et l’abandon ne fait pas partie de mon vocabulaire. Je continue donc. Arrivé au Signal de Botrange, c’est une longue descente de 15 kilomètres qui se profile. On va jusqu’à Eupen par la nationale. La route est détrempée et on ne peut pas vraiment y aller franchement. Je descends aussi vite que je peux, les mains sur les freins. Chaque voiture qui me dépasse soulève une véritable gerbe d’eau qui me fait l’effet d’un ice bucket challenge à répétition. J’ai l’impression d’être le seul concurrent. A la sortie du parc, 2, 3 coureurs  m’ont dépassé et depuis, plus rien. Je reviens de temps en temps sur l’un ou l’autre mais dans l’ensemble, je roule seul sur un parcours où il n’y a des signaleurs qu’aux endroits stratégiques. Pour le reste, il faut se fier au marquage au sol qui est, il faut bien le dire, difficile à repérer entre les cordes qui tombent toujours avec la même vigueur.

Arrivé à Eupen, la route tourne vers la gauche pour attaquer la deuxième difficulté, la côte qui mène au barrage de la Gileppe et son fameux lion. Cela grimpe pendant quelques kilomètres à 7 ou 8 % et, au sommet, on se dirige vers Jalhay. La pluie a cessé mais c’est une courte accalmie. Les nuées noires me cernent et cela ne va pas tarder à retomber. Jalhay laissé derrière moi, c’est à présent une succession de bosses casse-pattes qui est au menu. On traverse Solwaster, Sart les Spa et Cockaifane et entre Sart les Spa et Cockaifane, la route s’élève très longuement, une montée certes peu pentue mais de 5 kilomètres avant de plonger sur Francorchamps pour deux tours du circuit. La pluie est bien entendu toujours de la partie et dans la descente, je croise tous les participants qui ont une bonne heure d’avance sur moi. Peu me chaut. Chacun sa course.

Arrivé à Francorchamps, le parcours nous dirige vers le circuit en empruntant une voie de délestage. Une petite côte avant une belle descente qu’il faudra bien entendu remonter au retour. On pénètre sur le circuit à hauteur du raidillon et ce dernier est vraiment impressionnant. On n’imagine pas au vu des images télévisées à quel point la pente est raide. Je n’ai pas le pourcentage exact mais sur tout le parcours, c’est à cet endroit qu’elle est la plus forte. Si le raidillon est pentu, la descente des combes est tout aussi vertigineuse. Le revêtement est forcément excellent et comme le soleil a fait une timide apparition, je peux enfin abandonner les poignées de frein.

Deux tours de circuits plus tard, je reprends la route de Francorchamps et donc, cela grimpe. 8% pour revenir à Francorchamps puis la longue remontée vers l’autoroute et ensuite le Signal de Botrange. La route s’élève en permanence. Entre Hockay et Xhoffrais, le revêtement vient d’être renouvelé et la route est pleine de gravillons. Chaque voiture qu’on croise ou qui nous dépasse en projette et ils heurtent le vélo ou le casque quand ce n’est pas les jambes ou une autre partie du corps. C’est très désagréable. Le compteur indique que j’ai roulé 80 kilomètres et je n’en peux plus. Les jambes sont dures et la pluie qui redouble d’intensité ne m’encourage guère. Je suis dépassé par les premiers de l’Ironman et je loue leur courage de faire une telle épreuve dans de telles conditions. La route qui mène au signal de Botrange est impeccable mais elle est balayée par les bourrasques. Je n’avance plus, vent de face, et pédale à peine à 15 km/h. Je me dis que la coupe est pleine et que je vais rentrer chez moi.  Je repasse le Signal de Botrange et je sais qu’il n’y a plus qu’à descendre avant de retrouver la voiture et de me sécher. La descente est dantesque, la pluie fouette mon visage et m’oblige à fermer les yeux ou à mettre une main en visière. C’est donc en clignant les yeux ou en lâchant le guidon que j’ai dévalé la pente jusque Robertville. Je pose le vélo dans le parc et vais récupérer mes affaires dans l’aire de transition. Je m’assieds sur un banc et enlève la puce de chronométrage et mes chaussettes qui pèsent des tonnes. Mes jambes flageolent et je devine mes lèvres bleues. Une bénévole me demande si je veux une assistance ou un médecin. Je lui dis que je vais me réchauffer mais que j’arrête. Par la porte de sortie, je constate que c’est à nouveau le déluge. Je me lève tant bien que mal pour remettre la puce à l'organisation et récupérer mes sacs. A côté de moi, des Ironmen se lancent pour 42 kilomètres de course à pied. Ils ont pédalé le double de moi et eux partent courir. Qui suis-je pour arrêter ? Que va dire Martin quand je lui dirai que j’étais parti toute la journée au lieu de rester près de lui et qu’en prime, je n’ai pas terminé la course. Quel exemple lui donnerais-je en abandonnant ? Je ne suis pas blessé, j’ai mal aux jambes mais l’an prochain à Nice, j’aurai aussi mal aux jambes. Alors, je me rassieds, refixe le velcro de la puce à ma cheville, enfile mes Brooks et repars. Je veux cette médaille de finisher au bout du semi-marathon. Je n’ai pas le droit d’arrêter par respect pour tous ceux qui supportent mes entraînements ou qui me supportent derrière leurs écrans.

C’est parti pour quatre tours de 5,250 kilomètres. Le rythme n’est pas génial mais à ce moment-ci, je n’ai qu’une envie : Finir. Je me le répète comme un mantra : finir, finir, aller au bout. Pour tous ceux qui me supportent et surtout pour moi. Le premier tour est bouclé en 28’. C’est lent par rapport au Chtriman mais peu importe. Je reçois mon premier chouchou et attaque le second tour. Le parcours est une succession de faux-plats, pas de grosse difficulté mais jamais plat. Je remonte quelques concurrents du half, une dizaine tout au plus et des concurrents du complet. Je ne les envie pas même si l’éclaircie est désormais plus franche. Les quatre tours sont bouclés en un peu plus d’1H50 et enfin je finis en passant la ligne sous le soleil après 7h d’effort.

Je n’ai aucune idée du chrono ni du classement et je m’en fiche complètement. J’apprends qu’il n’y a pas de médaille de finisher sur cette distance et j’en conçois un peu d’amertume. On s’attache à ces breloques et au symbole qu’elles représentent. Je récupère mon vélo et peux enfin prendre une douche chaude alors que le ravitaillement final à l’arrivée est très peu fourni, et c’est un euphémisme. Quelques sandwichs ou un croissant sur une table et un Aquarius et c’est tout. C’est un des points noirs de la journée. Des bénévoles très gentils mais des ravitaillements qui manquaient de solide. Pas une banane, pas un tuc, pas un quart d’orange, .. rien si ce n’est des barres Etixx qui se révèlent difficiles à avaler en course.

Les parcours sont difficiles et le site du lac de Robertville se prête bien à l’événement. La gentillesse et la bonne volonté des organisateurs sont bel et bien réelles et on ne peut que souhaiter à l’organisation de grandir dans un tel cadre. Explications préalables, signalisation vélo et ravitaillements course à pied sont, à mon sens, à améliorer … et s’ils peuvent prévoir une médaille de finisher pour tous, ce serait également un petit plus.

 

Que retirer de cette expérience ? Si le Chtriman m’avait rassuré sur mes capacités à effectuer un triathlon longue distance, le Belman m’a ramené les pieds sur terre. Ce sera dur, très dur dans 10 mois le long de la promenade des Anglais et pourtant, là plus que n’importe où ailleurs, je voudrai finir !                   

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