Alors que la plupart de mes congénères en avaient décousu avec la Portelette plus tôt dans l’après-midi, j’avais décidé de longue date de me rendre à Chimay ce week-end pour la deuxième édition de la noctambule. A l’initiative du Cavalo, ce trail de 22 kilomètres a pour particularité de se courir de nuit et donc à la frontale.
Entendons-nous bien, il n’est pas question ici de dénigrer l’épreuve lobbaine mais après 5 participations consécutives, j’avais envie de tester autre chose et je dois dire que je n’ai pas été déçu !
Première bonne surprise, il y a du monde… Plus de 250 préinscrits sans oublier les inscrits du jour. Arrivé une heure avant le départ, je récupère mon dossard sans trop faire la file et deuxième bonne surprise, j’ai droit au buff de l’épreuve car je m’étais préinscrit parmi les 200 premiers. Pour 10 euros, le buff et le ravitaillement chaud à l’arrivée, voilà qui fait plaisir !
Le départ est donné à 19H après un briefing rapide. Pas de palabres excessifs, juste un rappel des règles élémentaires du traileur sans rentrer dans le mélodrame et le départ est donné sur feu la piste d’athlétisme de Chimay. Quand je pense qu’elle faisait la fierté de tous les sportifs chimaciens il y a 30 ans, elle n’a désormais rien à envier à la bande Gaza un soir de bombardements israéliens.
Les cinq premiers kilomètres sont relativement simples. On descend vers Virelles à travers bois pour remonter sur l’ancienne voix de chemin de fer. Le peloton se décante petit à petit, long ruban de lumières qui serpente à travers bois. Soudain, le chemin tourne à droite et c’est une première montée qui nous est proposée. Impossible de courir, même marcher est difficile et on s’accroche aux racines qui effleurent le sol. A peine au dessus, on redescend vers Virelles sur la pente vertigineuse qu’emprunte le jogging de la principauté de Chimay. Les descentes sont beaucoup plus dangereuses que les montées, la frontale ne permet pas de jauger de la déclivité précise et après trois glissades rattrapées de justesse, je comprends qu’il faut poser les pieds non pas sur la caillasse humide mais bien dans les feuilles mortes pour éviter l’embardée.
A peine en bas, deuxième ascension…Purée, y a pas de chemin là d’habitude… C’est encore pire que la première et ici, j’empoigne tout ce qui me tombe sous la main pour me tenir ! Au sommet, le chemin redescend en pente douce vers Lompret. Revoilà la rivière et donc, c’est mathématique, ca va remonter. Un coup d’œil à la Garmin, un peu d’eau du Camelbag, on n’a fait que 8 kilomètres et je cours depuis 45 minutes… J’entends Tonio me demander si c’est une marche Adeps.
Comme prévu, ca remonte et soudain, je m’aperçois que je n’ai plus personne ni devant ni derrière moi. 8 kilomètres de course, 300 participants et je suis seul. Un instant, j’imagine la solitude de Jornet sur le GR20 corse, quelles sensations cela doit procurer.
J’arrive à mi course et soudain, mon imagination me joue des tours. J’entends au loin la voix de Bon Scott déchaînée sur Whole Lotta Rosie. Au détour d’un virage, au milieu des bois, des guirlandes lumineuses, un tracteur et AC/DC à fond saluent la mi-parcours, j’adopte pendant quelques mètres la démarche d’Angus Young sous les applaudissements des spectateurs.
La seconde partie de la course est identique à la première dans son profil : succession de côtes très raides et de descentes douces. Le fléchage est admirablement bien fait, tous les panneaux sont munis de bandes réfléchissantes que le faisceau de la frontale illumine de très loin. Impossible de se tromper. 15ieme kilomètre et me voilà à Vaux face à la mythique cote du curé. Tout qui a couru un jour les 24h cyclistes de Wallonie de Chimay y a craché un poumon et ici, on ne profite pas de l’asphalte pour tirer tout droit. J’en profite pour me ravitailler en biscuits secs et en eau et repars de plus belle. 17ieme kilomètre et une branche morte m’offre un vol plané sans gravité aucune… On revient à Virelles et l’arrivée se profile lentement. Mes pieds me font souffrir et j’ai l’impression qu’ils vont sortir de mes chaussures… je dépasse encore quelques concurrents dont un torse nu et en termine enfin en 2h13 pour 22 kilomètres. (119ieme sur 300).
Arrivée, douche bien chaude, une soupe à l’oignon généreuse en fromage et biscottes et une Chimay Bleu… Quelle belle aventure ! Vivement l’an prochain qu’on remette cela !